pour Criterion, Kristen et Juliette Binoche reviennent sur le film, leur collaboration et Olivier Assayas dans des interviews exclusives.
Kristen Stewart : Cette scène, Olivier disait, 'Faites ce que vous voulez, enlever vos vêtements ou ne le faite pas, peu importe ce que vous faite, honnêtement allez juste nager'. Et je me disais, 'Ok'. Et elle était là, elle a tout enlevé et je me disais, 'Bien sûr ! Bien sûr tu fais ça !' [Rires]. Mais on a aussi beaucoup parlé de notre âge, d’où nous venions etc … Sur un niveau moins important. Mais je pense qu’elle pourrait tout aussi bien porter une parka. Mais c’est culotté ! Et elle est belle.
Juliette Binoche : On a beaucoup parlé, vous savez, à propos de ce qu’elle traverse et a traversé en tant que célébrité en Amérique, en tant que jeune star. Et il y avait beaucoup de partage dans ce sens-là avec Chloé aussi. Et j’ai eu une assistante durant 20 ans. Et donc je connais très bien ce qu’est cette relation. Il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet.
Juliette Binoche : Kristen est venue deux jours avant le tournage. Et un jour, on a répété ensemble, c’est quelque chose que j’avais suggéré car j’avais l’habitude de répéter. Et j’ai senti que ce n’était pas son truc.
Kristen Stewart : Je la fuyais à chaque fois qu’elle voulait répéter [Rires]. Je me disais, 'Ok, cool, je dois aller au toilettes'. Elle avait cette merveilleuse jeune actrice assistante sur un film, qui répétait les dialogues avec elle. C’était aussi une relation intéressante. Elle est constamment en train de relire ses lignes. Elle travaille, c’est un truc que fait Juliette Binoche, elle travaille vraiment très dur. C’est probablement pourquoi elle est si confiante. La plupart des acteurs que vous voyez ont leurs astuces. Ils ont leurs trucs qu’ils savent comment faire. C’est comme si elle avait chaque minute de sa vie emmagasiné sur la surface de sa peau et elle est prête à y aller, 'Je sais ça, Boum !'. Je suis passée par là , 'Boum'. Je pense que la manière dont elle fait ça, c’est parce qu’elle travaille, elle prépare, elle travaille très dur. Peut-être que j’arriverais à ce stade là quand je serais plus âgée, mais j’ai si peur de … Les répétitions peuvent être si … Pour moi, elles peuvent enlever quelque chose de … Le pourquoi je suis si curieuse de tout, mon premier instinct. Pas que je pense que ce soit si fantastique, mais c’est la seule chose en laquelle j’ai confiance. Et donc si vous me donnez du temps pour penser à tout ça, j'aurais le sentiment d'avoir loupé quelque chose. Donc je ne voulais jamais répéter mes lignes avec elle. Je me disais, 'Non, va-t’en ! Chuuuuuuut !'.
Kristen Stewart : Je pense qu’il y a une admiration mutuelle l’une pour l’autre, qui est très profonde. Il y a un truc par rapport au fait qu’elle ait coupé ses cheveux et qu’elle aille dans la montagne. Elle se dit, 'J’ai peur pour elle'. Je veux dire, oui elle a l’air d’une personne investie, elle est sur le point de jouer un rôle qui n’est pas très féminin, qui est fort et très ambigu car elle ne veut pas que ce rôle la définisse. Mais ça la définit. Le choix de ceci le fait. C’est sans équivoque. Elle se dit, 'Je vais me couper les cheveux et je vais bien !' [Rires]. C’est une personne tellement forte et je parle toujours du fait qu’elle soit puissante ; mais c’est une petite vraiment très précieuse. Et j’ai trouvé ça qu’avec quelques importantes figures féminines dans ma vie. Elles sont très fortes mais elles protègent quelque chose de très fragile.
Quand elle est magnifique avec ses cheveux longs, sa robe longue et tout ça, c’est genre … Elle porte une grande armure même quand elle pense qu’elle l’a enlevé. Il n’y a que quelques moments dans le film où elle a l’air sincèrement … Elle. Vous savez, sans voile. Et c’est pourquoi c’est si bon. Quand vous voyez ces moments vous vous dites, 'Oh oh oh oh'. C’est impressionnant. Vous ne pouvez pas mentir en présence de … Ma réaction face à toutes ces choses sont incroyablement réelles. Car j’ai l’impression de la connaître, je connais cette personne.
Kristen Stewart : Les meilleurs conseils que j’ai reçu de la part des meilleurs réalisateurs étaient ' Pense plus rapidement !'. Pour être honnête avec vous, vous n’avez pas besoin de beaucoup nous parler. C’est plus un sentiment, vous pouvez regarder par-dessus votre épaule, vous savez que vous n’êtes pas seule. Il ne va pas vous dire comment vous devez vous sentir, ni ce que vous devez penser de ça. Il veut vous ce que vous ressentez et pensez de tout ça. Un très talentueux réalisateur est toujours celui qui vous fera oublier que vous êtes en train de tourner un film. Qu’il n’y a pas d’attente, que n’importe quoi que ce soit, cela sera là raison de pourquoi nous sommes là. Plus comme une méditation, plutôt qu’un emballage et une livraison d’idées à des gens. C’est à propos de les avoir et de les capturer. C’était toujours comme si il ne savait pas nécessairement ce qu’il avait écrit et qu’il nous l’avait donné pour le découvrir. Ce qui est ridicule, car j’ai trouvé en m’y re penchant dessus, il y avait toutes ces petites pensées qu’il avait inclus par-ci par-là. Et il savait qu’on allait y foncer dedans, que ça aller exploser et c’était magnifique et bizarre et nous avions peur. Elles étaient placées là par lui.
Kristen Stewart : Il y avait des choses quand nous traversions cette allée d’esprit endormie, où d’un coup, je me disais,
'Tu viens réellement de m’offenser'. Et je ne savais que ça allait arriver [Rires]. Vous voyez ce que je veux dire ? Elle m’aurait vraiment agacé et d’un coup aurait été désespérément émotive genre,
'Qu’est-ce que j’ai fait ? Est-ce que ça va ? Qu’est-ce qu’il se passe ? Est-ce que je t’ai offensé ?'. Mais toutes ces choses … Je sens que si vous revenez en arrière et que vous relisez le script, si nous n’avions pas naturellement trouvé ces trucs ce n’aurait pas été le film qu’il ait. Et c’était écrit, c’est écrit en fait. On l’a zappé je ne sais pas comment, je ne l’ai pas vu je ne sais pas pourquoi. La scène où je quitte le salon pour aller dans ma chambre, parce que je dois interrompre ce moment car ce n’est pas là où je veux aller. Je n’avais aucune idée qu’elles avaient cette profonde fascination l’une pour l’autre. Et Olivier a toujours su, car il avait ce regard sur son visage,
'je suis fière de vous, c’est génial'. Car à la fin, on se disait,
'Wow, c’était quoi ça ?!. Aussi, vous pensez que vous auriez agrandi cette scène dans la chambre, vous seriez resté avec Valentine durant une seconde vous l’auriez vu se donner des claques et s’allonger. Mais ce n’était pas le cas, il disait,
'Coupez' tellement vite. Et il nous laissait sur notre faim. Vous voyez ce que je veux dire ? Genre,
'C’était quoi ça ? » Et il est là « Je ne sais pas, tournons la prochaine scène'.