A l'occasion de la promotion de Seberg réalisé par Benedict Andrews, Kristen parle du film, de son personnage, du tournage, du contexte politique de l'époque, de sa collaboration avec le réalisateur et la réalisatrice de la photographie Rachel Morrison dans une interview avec Awards Watch. Elle mentionne également Charlie's Angels d'Elizabeth Banks, Happiest Season de Clea DuVall, d'un projet dont elle ne peut pas encore parler et The Chronology Of Water, son premier long métrage en tant que réalisatrice.
Traduction faite par le staff de KStew France. Merci de nous créditer avec LIEN si vous la reprenez ailleurs.
Kristen Stewart sur le
fait d'être attirée par la peur, de protéger Jean Seberg et
d'explorer son côté plus léger
L'actrice
Kristen Stewart n'est pas sortie de nulle part lorsqu'elle a été
projetée dans la lumière en tant que Bella dans la franchise à
succès Twilight, face à Robert Pattinson. Stewart a grandi
dans et autour de l'industrie du cinéma et elle a eu son premier
rôle au cinéma à l'âge de 12 ans dans Panic Room, face à
Jodie Foster. Entre Panic Room et Twilight, qu'elle a
tourné lorsqu'elle avait 17 ans, Stewart n'était qu'un autre enfant
acteur essayant de trouver son chemin à Hollywood, mais après
Twilight, sa vie et sa carrière n'ont plus jamais été les
mêmes. Tout comme Kate Winslet et Leonardo DiCaprio l'ont fait après
la popularité et le succès massif et aveuglant de Titanic,
Stewart et Pattinson ont mis à profit leur statut de star pour faire
des choix de carrière non pas dictés par l'argent mais par la
passion.
Dans
son nouveau film Seberg, Stewart incarne Jean Seberg, la
célèbre actrice américaine méconnue et sous estimée qui était
l'icône de la Nouvelle Vague française dans les années 60, mais
dont la carrière et la vie ont été interrompues par un
gouvernement américain qui lui en voulait de son soutien au
mouvement du Black Panther.
J'ai parlé à Stewart de
ce que c'était que de jouer Seberg et si elle avait remarqué des
parallèles entre leurs deux vies. J'ai également découvert que
Stewart se considérait comme une militante et les nouveaux défis
qu'elle rencontrait, y compris une adaptation cinématographique des
mémoires de Lidia Yuknavitch publiées en 2011, The Chronology Of
Water, qu'elle écrira et dirigera.
Journaliste :
J'ai adoré votre performance dans ce film. Vous continuez à
présenter votre gamme. Avec Charlie's Angels plus tôt cette
année, que j'ai vraiment apprécié, et maintenant
Seberg, vous continuez à trouver de nouveaux outils, de
nouvelles armes dans votre arsenal. Vous semblez aussi ne pas avoir
peur. Vous avez dit que lorsque vous étiez plus jeune, vous sembliez
être la dernière personne qui deviendrait actrice, mais
aujourd'hui, il semble que rien ne vous fasse peur. Est-ce que
quelque chose vous fait peur, professionnellement, à ce stade ?
Kristen Stewart :
Ouais, absolument. Je considère que, à moins qu'il n'y ait un
sentiment distinct qui soit adjacent à la peur, il n'y a vraiment
aucune raison d'aller de l'avant avec un projet. Donc, ouais c'est
ça. Mais, en même temps, je ne fonctionne pas d'un endroit où
cette peur me limite. C'est quelque chose de très attrayant car cela
signifie nouveauté et découverte. Je suppose que la seule chose qui
était vraiment effrayante, quand un enfant essayait d'interagir avec
le grand public, était que [la célébrité] était en quelque sorte
confondante – la portée de cela n'était tout simplement pas
quelque chose que je pouvais comprendre et dès que je me suis rendue
compte que vous pouvez simplement jeter cela par la fenêtre et vous
parler un peu pendant que vous essayez de promouvoir, et réaliser,
aussi, que cela n'a foutrement pas d'importance du tout et ce qui
compte vraiment, c'est le travail que vous faites, j'étais en
quelque sorte capable d'avoir presque hâte de chuter, parce que
c'est plus intéressant que d'emballer et de délivrer des conneries,
vous voyez ce que je veux dire ? Donc, je me suis dit, à un
moment donné – ce n'était pas quelque chose dont j'étais
vraiment consciente parce que c'est une chose étrange à laquelle
penser à moins que vous soyez un peu en dehors de vous-même – je
suis devenue beaucoup plus à l'aise. Ça devient littéralement
juste un adulte. Alors oui, je me sens beaucoup plus à l'aise avec
la peur, genre complètement.
Journaliste :
Alors, cherchez-vous de nouvelles façons de pousser cette facette
pour vous-même ? Comme entrer dans la réalisation ou
l'écriture, ou, vous avez mentionné dans votre conversation avec
Shia [LaBeouf] que vous n'avez jamais vraiment fait un film qui
nécessitait tout un tas de préparation. Est-ce quelque chose que
vous avez vraiment envie de faire, dans lequel vous voulez plonger ?
Kristen Stewart :
Vous savez, c'est drôle que vous en parliez. Il y a un film dont je
ne peux pas encore parler, c'est exactement ça. Je pense que je vais
le tourner l'année prochaine, vers décembre, donc il y aura un peu
de temps pour que cela devienne une conversation. Mais oui, il y a
quelque chose que je cherche à faire – je veux dire, je suis
presque sur le point de pouvoir en parler, je ne veux juste pas
mettre quelqu'un en colère contre moi. C'est cela, voilà. Et puis
il y a aussi The Chronology Of Water, qui est une adaptation
délicate et c'est quelque chose que je veux vraiment corriger, pour
ce que c'est, et je veux vraiment solidifier cette perspective, la
mienne personnellement, du livre sur papier et je veux trouver la
bonne personne [pour jouer] et je ne veux pas précipiter ce
processus. Je fais également ce film en janvier pour un de mes amis.
Donc, The Chronology Of Water et le projet dont je ne peux pas
encore parler – les deux sont profondément énervants, mais je ne
veux rien faire s'il n'y a aucune raison. Je veux revenir sur ma vie
et imaginer que ces moments ont été définitivement utilisés, au
moins avec l'intention de trouver de la nouveauté, une certaine
valeur à quel point c'était effrayant.
Journaliste :
En passant à Seberg, vous avez dit que vous vous sentiez très
protectrice envers Jean, et c'est en partie la raison pour laquelle
vous vouliez raconter son histoire. Qu'est-ce que vous entendez par
là ?
Kristen Stewart :
Eh bien, j'avais cette perspective générale d'elle qui coïncidait
avec la perspective large, qui est 'la nana d’À Bout De Souffle
dans les années 60, est devenue un peu excentrique, a déménagé à
Paris et n'a jamais voulu reculer, s'est noyée dans l'oubli et a mis
fin à sa vie'. C'est simplement une intrigue si absurde pour ce
qui s'est réellement passé dans la vie de Jean et je pense que son
histoire est assez urgente, compte tenu de cette subjugation de la
vérité et de cette relation exaspérante que nous avons avec la
vérité dans les médias et l'idée qu'une femme qui avait une
perspective qui semblait menaçante pour le gouvernement dans son
ensemble. Elle a été en quelque sorte exilée illégalement, non
pas pour avoir enfreint la loi, mais simplement pour avoir une
opinion qui ne coïncidait pas avec la leur. Donc, en soi, c'est
terrifiant, que nous pensions en fait, au sens large, qu'elle n'était
que cette actrice farfelue qui s'est éloignée et s'est soûlée. Je
veux dire, cette femme a vraiment traversé beaucoup de choses et
c'était vraiment violent, et je pense que c'est une histoire qui
mérité d'être racontée.
Et aussi, je me suis
sentie personnellement protectrice envers elle parce qu'elle a été
cette précieuse qualité tonale. En tant qu'interprète, elle est
complètement instinctive et présente et disponible et elle avait au
début cette flottabilité et cette énergie qui étaient indéniables
et contagieuses. C'était naïf, mais c'était très bien intentionné
et honnête. Et puis, au fur et à mesure que vous regardez ses films
progresser, cette lumière diminue et maintenant que j'en sais plus
sur les détails de sa vie réelle et ce qui est arrivé à elle et à
sa relation avec le FBI et la surveillance elle-même, tout cela a du
sens. Ce n'était pas le signe de sa faiblesse, c'était plutôt que
quelque chose lui était arrivé, une véritable offense pour elle.
Je me sentais vraiment protectrice de la personne qu'elle est.
Journaliste :
C'est vraiment intéressant que vous disiez cela parce que j'étais
sur le point de vous interroger sur le fait que vous avez toutes les
deux un parallèle d'une autre manière. Vous êtes toutes les deux
de jeunes actrices américaines qui ont conquis les Français, ce qui
est très difficile à faire. Je pense que les Français sont
découragés par la phonicité et qu'ils apprécient les artistes qui
sont authentiques. Pensez-vous que le fait que vous ayez choisi de
vivre une vie très authentique vous a aidé à canaliser Jean et à
être plus protecteur parce que vous êtes capable de vivre d'une
certaine façon qu'elle n'a pas pu. Ou que vous vous l'appropriez
beaucoup plus qu'elle n'a pas pu ?
Kristen Stewart :
Honnêtement, je pense que l'une des histoires les plus frustrantes
avec lesquelles nous devons tous vivre à bien des égards est celle
de la mise en lumière. Lorsque vous savez que quelque chose est
vrai, pourtant quelque chose, à côté d'elle, qui est étonnamment
inauthentique, est celle qui convainc en quelque sorte les gens de la
vérité – quoi que ce soit, quoi que cela signifie pour vous, ce
n'est pas une chose qui est noire ou blanche. Mais cette histoire est
tellement frustrante et évidemment super urgente. D'une manière qui
est superficielle et personnelle, j'ai goûté à cette relation avec
le public ou les médias, ayant des choses hors de votre contrôle ou
étant tordues ou quelque chose du genre. Tout cela n'a pas
d'importance, c'est comme être jeté dans une bande dessinée qui
est assez sans conséquence, mais pour elle, tout était enveloppé
dans ses opinions politiques et à quel point ces vues étaient
vraiment dévastatrices et percutantes et se faisaient par l'air de
la vérité et qui était exaspérant pour quiconque a une dépendance
à l’authenticité et une aversion pour les choses qui semblent
bidons. Alors, bien sûr, personne ne la croyait, car elle était si
réelle et cela les menaçait. Cela a définitivement immensément
touché quelque chose en moi.
Journaliste :
Vous considérez-vous comme une activiste ?
Kristen Stewart :
Non, je veux dire que je défends très fermement les choses que je
fais, mais je n'ai fait aucun travail manifeste dans aucune de ces
directions. Dans les histoires que je choisis de raconter et les gens
avec qui je m'aligne et la façon dont je vote, je suis très
distinctement d'un côté particulier, mais je ne me qualifierais pas
de de 'militante' à proprement parler. Pas encore. Mais peut être
que dans certaines des histoires que j'ai choisi de raconter, elles
sont peut être un peu subversives, en termes de statu quo.
Journaliste :
Et la vie que vous menez. En tant que femme lesbienne, je dois juste
dire que vous tenir debout et être qui vous êtes, avoir le niveau
de célébrité que vous avez, c'est en soi quelque chose. Lier cela
à Jean, c'était une sorte de référence dans le film qui, oh, elle
veut juste de l'attention, et c'est ce qui a toujours été mal
compris, non ?
Kristen Stewart :
Cette idée a été utilisée comme une arme pour la dévaluer et la
diffamer, ce qui n'est qu'une manipulation et c'est ridicule. Et
c'est tellement courant ! C'est ce que tout le monde dit des
femmes qui ont le sentiment d'être menaçantes. Je veux dire, c'est
un récit dans lequel notre histoire est complètement ancrée :
on lui a demandé ou elle veut juste de l'attention. Non, elle dit
simplement des choses que vous ne voulez pas entendre, et c'est
tellement évident.
Journaliste :
Je sais que vous êtes une personne collaborative, vous aimez cela et
vous vous en nourrissez. Parlez-moi un peu du processus de
collaboration sur ce film.
Kristen Stewart :
Eh bien, le scénario était vraiment bien formé. Lorsque j'ai
commencé, j'ai vraiment eu l'impression que c'était quelque chose
que je devais élever plutôt que développer avec le réalisateur.
Benedict avait déjà fait beaucoup de travail sur le scénario avec
les scénaristes originaux. Je suis arrivée en quelque sorte
relativement tard, alors j'ai consommé le matériel de référence
qui était disponible, avec le réalisateur, et j'ai regardé
beaucoup de ses films. Il n'y a vraiment que quelques interviews,
pour être honnête, dont une seule qui a été filmée. Je ne
voulais pas faire une impression directe parce que c'était un peu
difficile à faire car elle n'était jamais vraiment la même. La
façon dont elle fait les interviews était une manière différente
et la façon dont elle s'est présentée dans des films avec ses
différents personnages, et puis qui sait à quoi elle ressemblait
derrière des portes closes, nous ne le saurons jamais, même si le
FBI l'a bien fait, ce qui est vraiment bizarre, ce qui est en quelque
sorte le sujet du film. Mais je voulais montrer au début – et
c'est quelque chose sur laquelle Benedict et moi avons collaboré
massivement – que c'était en quelque sorte comme mesurer la
lumière qui diminue. Même si l'histoire ne concerne que trois ans
de sa vie, ce qui est vraiment sur plusieurs niveaux et intéressant,
je voulais montrer qu'au début de sa vie et de sa carrière, et dans
sa jeunesse, il y avait cette énergie flottante, présente,
disponible et contagieuse qui pénétrait dans chaque pièce où elle
entrait et la saisissait. Alors que j'ai l'impression d'habiter
l'espace d'une manière très différente et une chose que Benedict
voulait vraiment mesurer et prendre en considération est que nous ne
racontions que trois ans de sa vie, mais c'était l'occasion de
raconter sa vie, pas dans un style biopic, mais son histoire de vie
en substance. Donc, au début du film, je voulais m'assurer que
j'avais cette flottabilité, que j'avais cette énergie indéniable
qui surpassait de très loin. Puis, à la fin, vous avez ressenti ce
ressenti et elle se perdait et elle vous a manqué. À la fin, vous
vous dites, 'Où est cette fille avec laquelle nous avons
commencé ?'. Même s'il faudrait un film différent pour
raconter cette histoire dans sa totalité, je voulais quand même
goûter cela. Et donc c'était une chose qui était plus évidente
dans le scénario, mais Benedict et moi voulions vraiment nous
pencher davantage.
Journaliste :
Vers la fin, alors qu'elle plonge, perdant sa raison, vous devez
l'interpréter comme étant si près du point de rupture. Comment
jouez-vous cela et comment gardez-vous le contrôle de cela ?
Kristen Stewart :
J'ai eu la chance de travailler avec des gens incroyables, je veux
dire, [la directrice de la photographie] Rachel Morrison, qui a
tourné le film, elle voit tout. C'est quelqu'un que je connais pour
le fait que si j'ai quelque chose est vraiment proche de mon cœur,
quelque chose qui est à peine là, je sais que je n'ai pas besoin de
m'inquiéter que quelqu'un capture cela, que je n'ai pas besoin de
diffuser ou de dire à quelqu'un de s'assurer qu'ils obtiennent cette
photo où je fais cette seule chose. J'ai toujours été autorisée à
perdre le contrôle dans l'environnement mis en place par Benedict.
J'ai le sentiment que Rachel, Benedict et moi avons eu cette très
belle alchimie. Benedict s'assurait toujours que je n'oublie pas les
choses, que j'étais là où j'étais censée être à un moment
donné et que j'avais tout ce dont j'avais besoin pour faire du mieux
que je pouvais, et Rachel avait cet œil vraiment vigilant, alors
j'ai vraiment pu me défaire d'une façon réaliste.
Journaliste :
Je sais que vous êtes originaire de Los Angeles et que vous deux
parents étaient dans l'industrie [du cinéma]. Aviez-vous un mentor
lorsque vous étiez jeune et que vous débutiez vous-même ?
Kristen Stewart :
Toute les membres de ma famille sont vraiment des cinéphiles. J'ai
grandi en étant incroyablement amoureux du processus de réalisation
de film. Pas pour le business en lui-même et pas son aspect
hollywoodien, mais vraiment pour le processus. Et à quel point c'est
difficile et à quel point c'est bizarre et à quel point vous vous
rapprochez de vos amis et à quel point c'est demandeur pour moi. À
moins que vous ne l'aimiez vraiment, c'est un travail vraiment
ingrat. Et puis c'est en fait un travail, alors que j'ai le sentiment
que c'est un peu ce que fait ma famille. Donc, la plus grande
influence que j'ai eue était quelques acteurs qui, selon moi,
coïncidaient avec cela et renforçaient cette vérité et ce genre
que, vous savez, ils l'ont vécu et ils m'ont donné un exemple que
c'était réellement possible et ces instincts sur ce que je veux, où
aller. Mais je pense que cela a définitivement commencé avec ma
famille.
Journaliste :
Avec vos passages dans [l'émission télévisée] Saturday Night Live
et dans Charlie's Angels, nous voyons davantage votre côté
humoristique qui est un peu nouveau pour nous. Allez-vous explorer
cela un peu plus ?
Kristen Stewart :
Ouais, j'adorerais ! En tant que personne qui vieillit chaque
jour, tout le monde peut comprendre à quel point cet âge vous
facilite. C'est cette magnifique doublure argentée. Si nous devons
vieillir, au moins cela devient plus facile et plus confortable
d'être en vie. Je suis sur le point de faire ce film intitulé The
Happiest Season, qui est à peu près la première comédie
romantique gay commerciale sur Noël soutenue par un studio. Je vais
donc faire un film de Noël gay, je ne sais pas à quel point cela
pourrait être plus amusant. Ou à quel point cela pourrait être
plus léger, donc je suis définitivement prête à commencer à
explorer cet aspect de la vie, à rire au lieu d'être si intense
tout le temps !
Source: AwardsWatch

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